Prier Marie et se réconcilier

Rm, 6, 6-14

La mort du Christ sur le bois de la Sainte Croix a vaincu l'arbre du pêché  (et nos corps corruptibles) menant à la mort et a ouvert
 aux nouveaux
baptisés dans l'Esprit les portes d’une vie nouvelle UNI en et avec LUI.
«Il n’y a plus ni Juif ni Grec; il n’y a plus ni esclave ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus» (Ga 3, 28)
Abandonnant leur activité de pêcheurs, en suivant le Christ et en étant baptisés par l'Esprit Saint, les Saints Apôtres Simon (Pierre), André, Jacques et Jean sont ainsi devenus "pêcheurs d'Hommes" (Lc, 5, 10)

Photos réelles du périmètre ecclésiastique de la : 
Paroisse Sainte Margherita de Ligure (Italie) 

Dans le baptême par le Saint Esprit, nous sommes unis spirituellement à Jésus. Nous sommes UN avec Lui.

Si le Christ est mort sur le bois de la Sainte Croix, notre corps mortel est également mort avec lui de sorte que nous entrons dès notre baptême en communions avec lui. Nous avons vaincu avec lui le bois du pêché originel issu du "vieil homme" (le « descendant d’Adam », l'arbre qui a enfanté le péché, notre vieille nature) : 

"[le corps d'Adam] a été crucifié avec lui [le corps de Jésus] afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché" (Rm, 6, 6).

« Car chose impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force, Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, et cela, afin que la
 justice de la loi fût accomplie en nous, qui marchons, non selon la chair, mais selon l'esprit » (Rm 8, 3-4).

 

« Quand nous sentons le poids de nos faiblesses, de nos péchés, regardons Marie, qui dit à notre cœur : 
"Relève-toi, va chez mon Fils Jésus, en lui tu trouveras accueil, 
miséricorde, et une force nouvelle pour continuer le chemin". » 
Message du pape François 
pour la veillée mariale du 12 octobre 2013

C'est le soir de Pâques que Jésus a institué ce sacrement
et l'a confié à ses apôtres (Jn 20).

La pénitence est une vertu commune à tous les chrétiens qui doivent vivre la conversion au Père par le Christ dans l’Esprit. 

Elle se vit au quotidien dans le partage, la demande de pardon faite aux frères et sœurs, le jeûne, la prière du Notre Père, la célébration eucharistique. 

Suivant les siècles, la pénitence prend des formes différentes. 

On distingue différentes étapes : la pénitence antique (Ier au VIe siècle), la pénitence tarifée au haut Moyen Âge, et la confession acte de pénitence et acte de dévotion (à partir du XIIIe siècle).

La pénitence antique est une possibilité offerte à celui qui a péché gravement et s’est donc coupé de la communauté, après un temps suffisamment long de conversion et d’expiation, d’être réintégré dans la vie communautaire après imposition des mains et prière de l’évêque au matin du Jeudi saint pour pouvoir célébrer Pâques.

Elle ne peut être vécue qu’une seule fois.

À partir du VIe siècle, les moines celtes et anglo-saxons inaugurent une forme de pénitence qui peut être pratiquée par tous et être vécue plusieurs fois. Elle se déroule ainsi : entrée en pénitence, aveu, récitation des psaumes de pénitence, satisfaction/pénitence puis réconciliation en secret par le prêtre.

À partir du XIIe siècle on précise la théologie du sacrement ; on insiste sur la contrition (regret du péché devant Dieu), la confession (aveu) et la pénitence ou satisfaction et surtout sur l’absolution. Le couple aveu/absolution devient central, la pénitence est reportée après l’absolution. La formule de l’absolution devient la suivante : « Je te pardonne. » Ce n’est plus une prière récitée par le prêtre et le pénitent ensemble. La confession prend la place de pénitence quotidienne.

Extrait du livret Les Sacrements, don de Dieu.

La confession,
Ce sacrement de réconciliation

Ce sacrement est appelé sacrement de conversion puisqu’il réalise sacramentellement l’appel de Jésus à la conversion (cf. Mc 1, 15), la démarche de revenir au Père (cf. Lc 15, 18) dont on s’est éloigné par le péché.

Il est appelé sacrement de Pénitence puisqu’il consacre une démarche personnelle et ecclésiale de conversion, de repentir et de satisfaction du chrétien pécheur.

Il est appelé sacrement de la confession puisque l’aveu, la confession des péchés devant le prêtre est un élément essentiel de ce sacrement. Dans un sens profond ce sacrement est aussi une “confession”, reconnaissance et louange de la sainteté de Dieu et de sa miséricorde envers l’homme pécheur.

Il est appelé sacrement du pardon puisque par l’absolution sacramentelle du prêtre, Dieu accorde au pénitent le “pardon et la paix” (OP formule de l’absolution).

Il est appelé sacrement de Réconciliation car il donne au pécheur l’amour de Dieu qui réconcilie : “Laissez-vous réconcilier avec Dieu” (2 Co 5, 20). Celui qui vit de l’amour miséricordieux de Dieu est prêt à répondre à l’appel du Seigneur : “Va d’abord te réconcilier avec ton frère” (Mt 5, 24).

Source : Catéchisme de l'Église Catholique

Histoire de la confession, sacrement de la réconciliation

Frédérique POULET,
Collège des Berbadins


Zachée, Lc 19, 1-10
 

Père Gilles DROUIN,
Institut supérieur de Liturgie


SE CONFESSER : 
I - D’abord, il convient d’avoir fait son examen de conscience, c’est à dire de se mettre en vérité face à Dieu et de lui demander de nous montrer ce qui fait obstacle à l’amour en nous. 
II - Ensuite on rencontre le prêtre, et voici un schéma pratique de confession : 
Bénissez-moi, mon père, parce que j’ai péché. 
Il y a (tant de temps) que je ne me suis pas confessé.
Depuis, voici les péchés que j’ai commis 
Envers Dieu…
Envers mon prochain…
Envers moi-même…
J’en demande pardon à Dieu, et à vous mon père pénitence et absolution.
III - Le prêtre ensuite 
Peut éventuellement poser l’une ou l’autre question qui lui semblerait utile,
Prononce la formule d’absolution,
Propose une pénitence, qui sera le plus souvent une prière ou une méditation d’un passage de l’Évangile,
IV - Invite à réciter l’acte de contrition
V - Invite à repartir dans la paix.

L'acte de contrition

Père, Dieu de tendresse et de miséricorde,
j’ai péché contre Toi et mes frères.
Je ne suis pas digne d’être appelé ton enfant,
mais près de Toi se trouve le pardon.
Accueille mon repentir.
Que ton Esprit me donne la force
de vivre selon ton amour
en imitant Celui qui est mort pour nos péchés,
Ton Fils Jésus-Christ Notre Seigneur.

ou

Mon Dieu, j’ai un très grand regret de vous avoir offensé
parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable,
et que le péché vous déplaît.
Je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce
de ne plus vous offenser et de faire pénitence.

Psaume 50 
(hébr. 51)

Miserere:
1er mot du Psaume (Miserere mei, Deus), qui veut dire :
 « Ô Dieu, aie pitié de moi ».

Texte :

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.
Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta victoire.
Moi, je suis né dans la faute, j'étais pécheur dès le sein de ma mère.
Mais tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, tu m'apprends la sagesse.
Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.
Fais que j'entende les chants et la fête : ils danseront, les os que tu broyais.
Détourne ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.
Rends-moi la joie d'être sauvé ; que l'esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés.
Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera ta justice.
Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.
Si j'offre un sacrifice, tu n'en veux pas, tu n'acceptes pas d'holocauste.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.
Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem.
Alors tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux sur ton autel.

EXHORTATION APOSTOLIQUE
POST-SYNODALE
Reconciliatio et Paenitentia
DE
JEAN-PAUL II
À L'ÉPISCOPAT
AU CLERGÉ ET AUX FIDÈLES
SUR LA RÉCONCILIATION
ET LA PÉNITENCE
DANS LA MISSION
DE L'ÉGLISE AUJOURD'HUI
 

PRÉAMBULE

ORIGINE ET SENS DU DOCUMENT

Parler de RÉCONCILIATION et de PÉNITENCE, pour les hommes et les femmes de notre temps, c'est inviter à retrouver, traduites dans leur langage, les paroles mêmes par lesquelles notre Sauveur et Maître Jésus Christ a voulu inaugurer sa prédication: «Convertissez-vous et croyez à l'Evangile»(1), c'est-à-dire accueillez la joyeuse nouvelle de l'amour, de votre adoption comme fils de Dieu, et donc de la fraternité.

Pourquoi l'Eglise reprend-elle ce thème et cette invitation?

La soif de mieux connaître et de comprendre l'homme d'aujourd'hui et le monde contemporain, de déchiffrer leur énigme et de dévoiler leur mystère, d'y discerner la fermentation du bien et du mal, entraîne bien des gens, et depuis longtemps, à porter sur cet homme et sur ce monde un regard interrogateur: regard de l'historien et du sociologue, du philosophe et du théologien, du psychologue et de l'humaniste, du poète et du mystique, et surtout regard soucieux, mais chargé d'espérance, du pasteur.

Ce regard se révèle de manière exemplaire dans chaque page de l'importante constitution pastorale du deuxième Concile du Vatican Gaudium et spes sur l'Eglise dans le monde de ce temps, particulièrement dans son ample et pénétrante introduction. Il se révèle aussi dans certains documents publiés par la sagesse et la charité pastorale de mes vénérés prédécesseurs, dont les illustres pontificats ont été marqués par l'événement historique et prophétique que fut ce Concile œcuménique.

Le regard du pasteur, comme les autres, découvre malheureusement, parmi les caractéristiques du monde et de l'humanité de notre époque, l'existence de divisions nombreuses, profondes, douloureuses.

Un monde éclaté

2. Ces divisions se manifestent dans les rapports entre les personnes et entre les groupes, mais aussi au niveau des collectivités les plus vastes: nations contre nations, blocs de pays opposés et tendus dans la recherche de l'hégémonie. A la racine des ruptures, il n'est pas difficile d'identifier des conflits qui, au lieu de se résoudre par le dialogue, s'exacerbent dans l'affrontement et dans l'opposition.

Un observateur attentif qui part à la découverte des éléments générateurs de division constate la plus grande variété, de l'inégalité croissante entre les groupes, les classes sociales et les pays, aux antagonismes idéologiques qui sont loin d'être éteints; de l'opposition des intérêts économiques aux polarisations politiques; des divergences tribales aux discriminations pour des motifs socio-religieux. Certaines réalités que nous avons tous sous les yeux font du reste apparaître, en quelque sorte, le visage malheureux de la division dont elles sont le fruit, et font ressortir sa gravité indéniable dans la réalité. Parmi tant d'autres phénomènes sociaux douloureux de notre temps, on peut rappeler:

  • le fait de fouler aux pieds les droits fondamentaux de la personne humaine, à commencer par le droit à la vie et à une digne qualité de vie, ce qui est d'autant plus scandaleux que l'on n'a jamais fait autant de discours sur ces mêmes droits;
  • les pièges tendus et les pressions exercées contre la liberté des individus et des groupes, sans oublier la liberté, plus atteinte même et plus menacée que d'autres, d'avoir sa propre foi, de la professer et de la pratiquer;
  • les diverses formes de discrimination: raciale, culturelle, religieuse, etc.;
  • la violence et le terrorisme;
  • l'usage de la torture et les formes injustes et illégitimes de répression;
  • l'accumulation des armes conventionnelles ou atomiques, la course aux armements entraînant des dépenses de guerre qui pourraient servir à soulager la misère non méritée de peuples socialement et économiquement sous-développés;
  • la répartition injuste des ressources du monde et des biens de la civilisation, qui atteint son sommet dans un type d'organisation sociale où la distance entre les conditions humaines des riches et celles des pauvres s'accroît toujours davantage(2). La puissance irrésistible de cette division fait du monde où nous vivons un monde éclaté(3) jusqu'en ses fondements.

D'autre part, l'Eglise, sans s'identifier au monde ni être du monde, est insérée dans le monde et est en dialogue avec lui(4). Il ne faut donc pas s'étonner de voir en son sein des répercussions et des signes de la division qui atteint la société humaine. En plus des scissions entre les Communautés chrétiennes qui l'affligent depuis des siècles, l'Eglise expérimente aujourd'hui en son sein, ici ou là, des divisions entre les éléments qui la composent, divisions causées par les divergences de vue et par les différents choix dans le domaine doctrinal et pastoral(5). Ces divisions peuvent parfois sembler, elles aussi, inguérissables.

Bien que ces déchirures apparaissent déjà fort impressionnantes à première vue, seule une observation en profondeur permet d'identifier leur racine: celle-ci se trouve dans une blessure au coeur même de l'homme. A la lumière de la foi, nous l'appelons le péché, à commencer par le péché originel que chacun porte en soi depuis sa naissance comme un héritage reçu de nos premiers parents, jusqu'au péché que chacun commet en usant de sa propre liberté.

Nostalgie de réconciliation

3. Et pourtant, le même regard, s'il conduit ses investigations avec assez d'acuité, saisit au plus vif de la division un désir incomparable, ressenti par les hommes de bonne volonté et par les vrais chrétiens, de réduire les fractures, de cicatriser les déchirures, d'instaurer à tous les niveaux une unité essentielle. Chez beaucoup, ce désir comporte une véritable nostalgie de réconciliation, même si on n'emploie pas ce terme. Pour certains, il s'agit d'une utopie qui pourrait devenir le levier idéal pour un véritable changement de la société; pour d'autres, au contraire, c'est l'objet d'une difficile conquête et donc un objectif à atteindre grâce à un sérieux effort de réflexion et d'action. Dans tous les cas, l'aspiration à une réconciliation sincère et profonde est, sans l'ombre d'un doute, un mobile fondamental de notre société, et comme le reflet d'une incoercible volonté de paix; en dépit du paradoxe, elle l'est aussi fortement que sont dangereux les facteurs de division.

Toutefois, la réconciliation ne peut être moins profonde que la division. La nostalgie de la réconciliation et la réconciliation elle-même seront totales et efficaces dans la mesure où elles atteindront - pour le guérir - le déchirement primordial qui est la racine de tous les autres, à savoir le péché.

Le regard du Synode

4. Toute institution ou organisation destinée à servir l'homme et désireuse de le sauver dans ses dimensions fondamentales doit donc tourner son regard de façon pénétrante vers la réconciliation afin d'en approfondir la signification et la portée profonde, et d'en tirer les conséquences nécessaires pour l'action.

L'Eglise de Jésus Christ ne pouvait renoncer à ce regard. Avec son dévouement de Mère et son intelligence de Maîtresse, elle s'applique, empressée et attentive, à découvrir dans la société, en même temps que les signes de la division, les signes non moins éloquents et pertinents de la recherche d'une réconciliation. Elle sait en effet qu'il lui a été spécialement donné la possibilité et confié la mission de faire connaître le sens véritable, profondément religieux, et les dimensions intégrales de la réconciliation, contribuant, déjà par ce seul fait, à éclairer les termes essentiels de la question de l'unité et de la paix.

Mes prédécesseurs n'ont cessé de prêcher la réconciliation, d'inviter à la réconciliation l'humanité entière comme aussi tout groupement et toute portion de la communauté humaine qu'ils voyaient déchirée et divisée(6). Moi-même, mû par une impulsion intérieure qui obéissait à la fois - j'en suis sûr - à l'inspiration d'en haut et aux appels de l'humanité, de deux façons différentes, toutes deux solennelles et importantes, j'ai voulu mettre en lumière le thème de la réconciliation: d'abord en convoquant la VIe Assemblée générale du Synode des évêques, puis en mettant la réconciliation au centre de l'Année jubilaire décrétée pour célébrer le 1950e anniversaire de la Rédemption(7). Devant assigner un thème au Synode, je me suis trouvé pleinement d'accord avec celui qui était suggéré par nombre de mes frères dans l'épiscopat, celui, si fécond, de la réconciliation, étroitement lié à celui de la pénitence(8).

Le terme de pénitence et le concept lui-même sont assez complexes. Si nous la relions à la metánoia à laquelle se réfèrent les Evangiles synoptiques, la pénitence signifie le changement qui s'opère au plus profond du cœur sous l'influence de la Parole de Dieu et dans la perspective du Royaume(9). Mais pénitence veut dire aussi changer la vie en même temps que le cœur, et en ce sens l'action de faire pénitence se complète par celle de produire des fruits qui témoignent de la pénitence(10): c'est toute l'existence qui devient pénitentielle, c'est-à-dire tendue dans une progression continuelle vers le mieux. Cependant, faire pénitence n'est quelque chose d'authentique et d'efficace que si cela se traduit en actes et en gestes de pénitence. A ce point de vue, pénitence signifie, dans le vocabulaire chrétien théologique et spirituel, l'ascèse, autrement dit l'effort concret et quotidien de l'homme, soutenu par la grâce de Dieu, en vue de perdre sa vie pour le Christ, unique moyen de la gagner(11); pour se dépouiller du vieil homme et revêtir l'homme nouveau(12); pour surmonter en soi ce qui est charnel afin que prévale ce qui est spirituel(13); pour s'élever continuellement des réalités d'ici-bas à celles d'en haut, là où se trouve le Christ(14). La pénitence est donc la conversion qui passe du cœur aux œuvres et par conséquent à toute la vie du chrétien.

En chacune de ces acceptions, la pénitence est étroitement liée à la réconciliation, car se réconcilier avec Dieu, avec soi-même et avec les autres suppose que l'on remporte la victoire sur la rupture radicale qu'est le péché, ce qui se réalise seulement à travers la transformation intérieure ou conversion, qui porte des fruits dans la vie grâce aux actes de pénitence.

Le document antépréparatoire du Synode (appelé aussi Lineamenta), élaboré dans le seul but de présenter le thème en accentuant certains aspects fondamentaux, a permis aux communautés ecclésiales, où qu'elles se trouvent dans le monde, de réfléchir pendant presque deux ans sur ces aspects d'une question - celle de la conversion et de la réconciliation - qui intéresse tous et chacun, afin de susciter un élan renouvelé pour la vie chrétienne et l'apostolat. La réflexion s'est ensuite approfondie lors de la préparation plus immédiate aux travaux du Synode, grâce au Document de travail envoyé en temps voulu aux évêques et à leurs collaborateurs. Enfin, pendant un mois entier, les Pères synodaux, assistés par tous ceux qui avaient été appelés à la réunion proprement dite, ont traité, avec un grand sens de la responsabilité, le thème lui-même et les nombreuses et diverses questions qui lui étaient liées. Du débat, de l'étude faite en commun, de la recherche assidue et consciencieuse, est sorti un vaste et précieux trésor que les Propositions finales résument de façon substantielle.

Le regard du Synode n'ignore pas les actes de réconciliation (dont certains passent presque inaperçus dans la vie quotidienne) qui, à des degrés divers, servent à résoudre les multiples tensions, à surmonter les nombreux conflits et à vaincre les petites et les grandes divisions pour refaire l'unité. Mais la préoccupation principale du Synode était de trouver, au cœur de ces actes dispersés, la racine cachée, une réconciliation première, source de toutes les autres, pour ainsi dire, celle qui agit dans le cœur et la conscience de l'homme.

Le charisme et en même temps l'originalité de l'Eglise, en ce qui concerne la réconciliation, résident dans le fait que celle-ci, à quelque niveau qu'elle doive être réalisée, remonte toujours à cette réconciliation première. En effet, en vertu de sa mission essentielle, l'Eglise se sent le devoir d'aller jusqu'aux racines du déchirement primordial du péché pour y opérer la guérison et y rétablir, pour ainsi dire, une réconciliation primordiale elle aussi, qui soit le principe décisif de toute vraie réconciliation. C'est ce que l'Eglise a eu en vue et a proposé par le moyen du Synode.

Cette réconciliation, la Sainte Ecriture en parle, nous invitant à faire pour elle tous les efforts possibles(15); mais elle nous dit aussi que c'est avant tout un don miséricordieux de Dieu à l'homme(16). L'histoire du salut - celle de l'humanité entière comme celle de chaque être humain de tous les temps - est l'histoire admirable d'une réconciliation: Dieu, qui est Père, se réconcilie le monde par le Sang et par la Croix de son Fils fait homme, et fait naître ainsi une nouvelle famille de réconciliés.

La réconciliation est devenue nécessaire parce qu'il y a eu la rupture du péché, d'où ont découlé toutes les autres formes de rupture au cœur de l'homme et autour de lui. La réconciliation, pour être totale, exige donc nécessairement la libération par rapport au péché, celui-ci étant refusé jusqu'en ses racines les plus profondes. C'est pourquoi un lien interne étroit unit conversion et réconciliation: il est impossible de separer ces deux réalités, ou de parler de l'une sans l'autre.

Le Synode a parlé à la fois de la réconciliation de toute la famille humaine et de la conversion du cœur de chaque personne, de son retour à Dieu, voulant ainsi reconnaître et proclamer que l'union des hommes ne peut se réaliser sans un changement intérieur de chacun. La conversion personnelle est la voie nécessaire pour aboutir à la concorde entre les personnes(17). Lorsque l'Eglise proclame la joyeuse nouvelle de la réconciliation, ou propose de la réaliser grâce aux sacrements, elle exerce un véritable rôle prophétique: elle dénonce les maux de l'homme dans leur source contaminée, elle montre la racine des divisions et elle suscite l'espérance de pouvoir surmonter les tensions et les conflits pour atteindre la fraternité, la concorde et la paix a tous les niveaux et dans tous les groupements de la société humaine. Elle change une situation historique de haine et de violence en une civilisation d'amour. Elle offre à tous le principe évangélique et sacramentel de cette réconciliation première d'où découle tout autre geste ou acte de réconciliation, même sur le plan social.

C'est d'une telle réconciliation, fruit de la conversion, que traite la présente exhortation apostolique. Car, comme cela s'était produit au terme des trois précédentes Assemblées du Synode, les Pères eux-mêmes ont voulu, cette fois encore, remettre à l'Evêque de Rome, Pasteur universel de l'Eglise et Chef du Collège épiscopal, en sa qualité de Président du Synode, les conclusions de leur travail. J'ai accepté avec gratitude comme un grave devoir de mon ministère la tâche de puiser dans l'immense richesse du Synode pour présenter au Peuple de Dieu, comme fruit du Synode lui-même, un message doctrinal et pastoral sur le thème de la pénitence et de la réconciliation. Je traiterai donc, dans la première partie, de l'Eglise dans l'accomplissement de sa mission de réconciliation, dans l'œuvre de conversion des cœurs en vue de l'étreinte renouvelée entre l'homme et Dieu, entre l'homme et son frère, entre l'homme et toute la création. Dans la deuxième partie sera indiquée la cause radicale de toute déchirure ou division entre les hommes et, avant tout, à l'égard de Dieu: le péché. Enfin, je voudrais signaler les moyens qui permettent à l'Eglise de promouvoir et de susciter la pleine réconciliation des hommes avec Dieu et, par conséquent, des hommes entre eux.

Le document que je livre aux fils de l'Eglise, mais aussi a tous ceux, croyants ou non, qui se tournent vers elle avec intérêt et avec sincérité, veut être la réponse que je dois à ce que le Synode m'a demandé. Il veut être également - je tiens à le déclarer car c'est une dette de vérité et de justice - une œuvre de ce même Synode. Le contenu de ces pages vient en effet de lui, de sa préparation lointaine ou proche, de l'Instrument de travail, des interventions dans la salle synodale ou dans les commissions (circuli minores), et surtout des soixante-trois Propositions. On trouve ici le fruit du travail d'ensemble des Pères, parmi lesquels ne manquaient pas les représentants des Eglises orientales, dont le patrimoine théologique, spirituel et liturgique est si riche et vénérable, notamment en ce qui touche à la matière qui nous intéresse ici. De plus, c'est le Conseil du Synode qui, en deux sessions importantes, a évalué les résultats et les orientations de la réunion synodale à peine terminée, qui a mis en évidence les points forts des Propositions, puis tracé les grandes lignes, jugées les plus adaptées, pour la rédaction du présent document. Je suis reconnaissant à tous ceux qui ont accompli ce travail et, fidèle à ma mission, ie veux transmettre ici ce qui, dans le trésor doctrinal et pastoral du Synode, me paraît providentiel pour la vie de tant de personnes en cette heure magnifique et difficile de l'histoire.

Il me plaît de le faire - et cela est d'autant plus significatif - alors qu'est encore vivant le souvenir de l'Année sainte, vécue entièrement sous le signe de la pénitence, de la conversion et de la réconciliation. Puisse cette exhortation, confiée à mes frères dans l'épiscopat et à leurs collaborateurs prêtres et diacres, aux religieux et religieuses, à tous les fidèles, aux hommes et aux femmes à la conscience droite, être non seulement un instrument de purification, d'enrichissement et d'approfondissement de leur foi personnelle mais aussi un levain capable de faire croître au cœur du monde la paix et la fraternité, l'espérance et la joie, valeurs qui naissent de l'Evangile accueilli, médité et vécu au jour le jour à l'exemple de Marie, Mère de notre Seigneur Jésus Christ par qui il a plu à Dieu de se réconcilier tous les êtres(18).

 

Partie I - CONVERSION ET RÉCONCILIATION : TÂCHE ET ENGAGEMENT DE L'ÉGLISE

Chapitre 1. - UNE PARABOLE DE LA RÉCONCILIATION

Du frère qui était perdu ..
Au frère resté à la maison.

Chapitre 2. - AUX SOURCES DE LA RÉCONCILIATION

Dans la lumière du Christ réconciliateur ;
L'église réconciliatrice ;
L'église réconciliée.

Chapitre 3. L'INITIATIVE DE DIEU ET LE MINISTÈRE DE L'ÉGLISE

La réconciliation vient de Dieu ;
L'église, grand sacrement de réconciliation ;
Autre chemin de réconciliation.

Partie II - L'AMOUR PLUS GRAND QUE LE PÉCHÉ

Le drame de l'homme.

Chapitre 1. - LE MYSTÈRE DU PÉCHÉ

La désobéissance à Dieu ;
La division entre les frères ;
Péché personnel et péché social ;
Péché mortel, péché véniel ;
Perte du sens du péché.

Chapitre 2. - «MYSTERIUM PIETATIS»

Il s'agit du Christ lui-même ;
L'effort du chrétlen ;
Vers une vie réconciliée.

Partie III - LA PASTORALE DE LA PÉNITENCE ET DE LA RÉCONCILIATION

Promotion de la pénitence et de la réconciliation.

Chapitre 1. - LA PROMOTION DE LA PÉNITENCE ET DE LA RÉCONCILIATION : MOYENS ET VOIES

Le dialogue ;
La catéchèse ;
Les sacrements.

Chapitre 2. - LE SACREMENT DE LA PÉNITENCE ET DE LA RÉCONCILIATION

«Ceux à qui vous les remettrez» ;
Le sacrement du Pardon ;
Quelques convictions fondamentales ;
Les formes de la célébration ;
La célébration du sacrement avec absolution générale ;
Quelques cas plus délicats.

SOUHAIT FINAL

35. Au terme de ce document, je sens résonner en moi et je désire vous redire à tous l'exhortation que le premier Evêque de Rome, à un moment critique des commencements de l'Eglise, voulut adresser «aux étrangers de la Dispersion, élus selon la prescience de Dieu le Père: Vivez tous en esprit d'union, dans la compassion, l'amour fraternel, la miséricorde, l'esprit d'humilité»(200). L'Apôtre recommandait de vivre «en esprit d'union...»; mais aussitôt après, il signalait les péchés contraires à l'union et à la paix qu'il importe d'éviter: «Ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Bénissez, au contraire, car c'est à cela que vous avez été appelés, afin d'hériter la bénédiction». Et il concluait par un mot d'encouragement et d'espérance: «Qui vous ferait du mal, si vous devenez zélés pour le bien?»(201).

A une époque non moins critique de l'histoire, j'ose rattacher mon exhortation à celle du Prince des Apôtres, qui fut le premier à occuper ce Siège de Rome, comme témoin du Christ et pasteur de l'Eglise, et qui «présida à la charité» au regard du monde entier. Moi aussi, en union avec les évêques successeurs des Apôtres et aidé par la réflexion collégiale que beaucoup d'entre eux, réunis en Synode, ont consacrée aux thèmes et aux problèmes de la réconciliation, j'ai tenu à vous communiquer dans l'esprit même du pécheur de Galilée ce qu'il disait à nos frères dans la foi, loin de nous dans le temps, mais si proches par le cœur: «Vivez tous en esprit d'union... ne rendez pas mal pour mal... devenez zélés pour le bien»(202). Et il ajoutait: «Mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si telle était la volonté de Dieu, qu'en faisant le mal»(203).

Cette consigne est toute imprégnée des paroles que Pierre avait entendues de Jésus en personne et d'idées qui faisaient partie de sa «Bonne Nouvelle»: le commandement nouveau de l'amour mutuel; le désir ardent de l'unité et l'engagement en sa faveur; les béatitudes de la miséricorde et de la patience dans la persécution pour la justice; le bien rendu pour le mal; le pardon des offenses; l'amour des ennemis. Ces paroles et ces idées constituent la synthèse originale et transcendante de l'éthique chrétienne, ou, mieux et plus profondément, de la spiritualité de la Nouvelle Alliance en Jésus Christ.

Je confie au Père, riche en miséricorde, je confie au Fils de Dieu, devenu homme pour être notre Rédempteur et Réconciliateur, je confie à l'Esprit Saint, source d'unité et de paix, mon appel paternel et pastoral à la pénitence et à la réconciliation. Que la très sainte et adorable Trinité fasse germer dans l'Eglise et dans le monde cette petite semence qu'en ce moment je remets à la terre généreuse de tant de cœurs humains.

Afin qu'il en résulte sans tarder des fruits abondants, je vous invite tous à vous tourner avec moi vers le Cœur du Christ, signe éloquent de la miséricorde divine, «propitiation pour nos péchés», «notre paix et notre réconciliation»(204), afin d'y puiser la force intérieure pour nous détourner du péché et nous convertir à Dieu, et d'y trouver la bienveillance divine comme réponse aimante au repentir humain.

Je vous invite aussi à vous tourner avec moi vers le Cœur immaculé de Marie, Mère de Jésus, en qui «s'est effectuée la réconciliation de Dieu avec l'humanité..., s'est achevée l'œuvre de la réconciliation, parce qu'elle a reçu de Dieu la plénitude de la grâce en vertu du sacrifice rédempteur du Christ»(205). En vérité, Marie est devenue, par sa maternité divine, «l'alliée de Dieu» dans l'œuvre de la réconciliation(206).

Son «Fiat» a marqué le commencement de la «plénitude des temps» qui a vu se réaliser par le Christ la réconciliation de l'homme avec Dieu. C'est entre les mains de cette Mère, c'est à son Cœur immaculé - auquel nous avons confié plusieurs fois l'humanité entière perturbée par le péché et déchirée par tant de tensions et de conflits - que je remets spécialement cette intention: que par son intercession, l'humanité découvre et parcoure le chemin de la pénitence, l'unique chemin capable de la conduire à une totale réconciliation!

A vous tous qui, dans un esprit de communion ecclésiale, dans l'obéissance et dans la foi(207), voudrez bien accueillir les indications, les suggestions et les directives contenues dans ce document, en vous efforçant de les traduire dans une pratique pastorale vivante, j'accorde très volontiers ma Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 2 décembre 1984, premier dimanche de l'Avent, en la septième année de mon pontificat.

 

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